« Pour que les brebis aient la vie en abondance. » Jn 10, 10
« Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr ». Jésus nous avertit solennellement. Il nous faut être vigilants, ne pas nous illusionner sur notre vie chrétienne. Le propre de la foi juive et chrétienne, c’est de croire au Dieu de la vie. Depuis toujours le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob s’est révélé comme le donateur de la vie. Naissance impossible d’Isaac, le fils de la promesse, offerte à un couple stérile. Promesse d’une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel. Promesse d’une terre où coule le lait et le miel à une population réduite en esclavage. Promesse d’un festin surabondant aux émigrés en exil à Babylone. Le serviteur souffrant qui porte le poids des péchés de la multitude pour redonner la vie. Jésus, le donateur de vie, qui guérit, pardonne, ressuscite et chasse les démons. Notre Dieu n’est ni dans l’orage de la guerre, des conflits en tous genres, ou des mers mortes. Un proverbe juif exprime avec pertinence pourquoi la mer morte est morte. Parce qu’elle ne rend pas ce qu’elle reçoit. Certes, elle ne fait pas de vagues mais elle ne nourrit personne avec les dons reçus.
« Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. » Lc, 24 16
Comment les yeux des disciples étaient-ils empêchés de reconnaître Jésus ? Ils ont vécu trois années avec lui, témoins privilégiés de ses merveilles : guérisons, résurrections et libérations de tant de pauvres. Jésus ne vient pas à eux comme un fantôme. Thomas demande justement à toucher les plaies pour ne pas être illusionné. Les évangélistes soulignent qu’à chaque rencontre de Jésus ressuscité les apôtres ne le reconnaissent pas. Marie-Madeleine ne le prend-t-elle pas pour le jardinier ? On peut donc voir le Christ ressuscité et ne pas le reconnaître. Et nous qui pensons que si nous pouvions voir Jésus, ce serait plus facile de croire. « Heureux celui qui croit sans avoir vu » nous dit Jésus. (Jn 20, 29)
« La paix soit avec vous … Il leur montra ses mains et son côté » Jn 20, 19
Les apôtres et disciples craignent de subir le même sort que le Maître. Ils ont verrouillé les portes du lieu où ils se sont retrouvés. Leurs cœurs sont plus encore verrouillés par la peur et la honte. Ils ont lâché le Maître, renié, et pour l’un d’entre eux, trahi. Le suicide est un acte qui pèse lourd sur l’entourage des survivants. Climat d’angoisse et de tristesse, de remords et de larmes, dont ils ne savent comment sortir. Ils ont beau se réconforter mutuellement, rien n’y fait. L’adversaire n’a pas réussi à enfermer Jésus dans les enfers. Il travaille sans aucun doute à enfermer le premier collège des apôtres dans la culpabilité et la honte, histoire d’en finir avec Jésus et son héritage.
À plusieurs reprises les évangélistes nous affirment que les apôtres n’ont pas compris que le Christ devait ressusciter.
« Ne craignez point. Allez annoncer à mes frères… » Mt 28, 10
Le choc est très grand. Trop, sans doute. Les femmes vont au tombeau pour terminer la toilette funéraire de leur maître. Au lieu de pouvoir le servir une dernière fois en sa dépouille mortelle, elle trouve un tombeau ouvert et vide. Un ange les accueille et leur dit de ne point craindre. Jésus n’est pas ici. Elles doivent aller annoncer à ses disciples qu’il est ressuscité et qu’il les attend en Galilée. Pleines d’émotion et de joie elles s’en vont lorsque soudain elles sont rejointes par Jésus lui-même. À son tour il leur dit de ne pas craindre et renouvelle leur mission à l’intention des disciples.
« Ils ne savaient pas encore qu’Il devait ressusciter. » Jn 20, 9
Que se passe-t-il en ce lendemain tragique de sabbat ? Les disciples du Nazaréen ont tous fui. Ils sont claquemurés dans la peur d’être pourchassés et massacrés. Marie-Madeleine court au tombeau, avec quelques autres femmes, nous disent les évangélistes, mais pour aller voir un cadavre. Preuve en est qu’elles apportent des aromates, simplement pour terminer la toilette funéraire du défunt. Celle-ci a été à peine commencée, car on était au début du sabbat quand on a enseveli Jésus en hâte. La détresse de ces femmes est si grande qu’elles en oublient d’avertir quelques costauds pour leur rouler la pierre. Auraient-elles pu les trouver d’ailleurs, terrés qu’ils sont dans une panique intérieure et une crainte de représailles. Tout ce petit monde de Jésus ne communie donc en rien aux paroles du Maître sur la résurrection. Non pas qu’ils ne croient pas à la résurrection des morts à la fin des temps, mais ils n’ont pas compris les signes de résurrection faits par Jésus et l’annonce de sa résurrection, laquelle devrait avoir lieu après avoir souffert terriblement. « Ils ne savaient pas que d’après les écritures il devait ressusciter » nous dit saint Jean (20, 9).
« Il n’est pas ici. Il est ressuscité… » Mt 28, 5-6
Le maître est mort de la mort la plus ignominieuse qui soit, la crucifixion. La Loi dit en effet au livre du Deutéronome : « Maudit quiconque pend au gibet. » (Ga 3, 13) Jamais on n’avait vu tant de merveilles en Juda et Galilée. Jamais on n’avait entendu pareil enseignement avec autorité. Le boiteux marche, le sourd entend, le muet parle, les morts ressuscitent et les démons sont chassés. Pourquoi ? Pourquoi donc cette condamnation injuste du plus beau des enfants des hommes ? Sur le lieu du supplice, Jésus crucifié, qui n’a plus visage humain, laisse paraître encore la bonté de son cœur. Sa façon de mourir en priant pour ses bourreaux convertit le larron et le chef romain de l’exécution. Pourquoi l’avoir crucifié ?
« Inclinant la tête, il remit l’Esprit. » Jn 19, 30
De quoi Jésus est-il mort ? De la crucifixion, me direz-vous. Qu’en est-il vraiment, puisque Jésus affirme sans ambages que « sa vie nul ne la prend, c’est lui qui la donne. » ( Jn 10, 8) La liturgie proclame que « la mort est morte sur la croix », soit que l’amour a vaincu l’enfer. Or les faits de la passion manifestent que l’horrible supplice de la crucifixion a eu raison de la vie de Jésus, l’enfermant bel et bien au tombeau. Si la mort par crucifixion a eu raison de Jésus, nous ne sommes pas sauvés. Si l’amour a vaincu la mort de la crucifixion, nous pouvons recevoir l’Esprit du Fils bien-aimé du Père et ressusciter avec Lui. Qu’est-ce donc qui se joue en ce duel cruel de Jésus et de la mort infligée ?
« Jésus pleura. » Jn 11, 35
Disciples et amis ont foi en lui. Son enseignement fait autorité et large consensus. Miracles et prodiges accomplis par le Maître sont nombreux : la petite fille du chef de synagogue et le fils de la veuve sont ressuscités, la femme atteinte d’un flux de sang est guérie, les boiteux marchent, les aveugles voient, les possédés sont libérés. Autant de signes qui manifestent que Jésus est le Messie selon la parole du prophète. « L’Esprit du Seigneur est sur moi pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres… » (Is 61, 1-2) Pourtant ils ne sont guère prêts à aller jusqu’au terme de leur foi en Jésus ?
Lazare, l’ami de Jésus, est gravement malade. Ses sœurs de Lazare le font dire à Jésus.
« Si vous étiez aveugles vous n’auriez pas de péché. » Jn 9, 41
Nous voici déjà à la mi-carême. Les ornements liturgiques sont d’une lumière qui atténue le violet de la pénitence. Nos frères et sœurs catéchumènes vivent les scrutins, laissant la lumière du Christ chasser les ténèbres de leur cœur. Que nous dit le Christ à travers son enseignement du jour pour progresser dans la conversion et la vigilance ? Une seule chose : il y a plus grave que d’être dans le péché, dans la maladie, dans le dysfonctionnement de vie, dans l’incohérence ou dans la disharmonie –ce que nous craignons souvent de voir et de confesser – ce qui est le plus grave c’est d’être aveugle et de l’ignorer.
« Donne-moi à boire. » Jn 4, 7
Nous ne savons plus ce que c’est que d’avoir soif. L’eau coule naturellement dans nos maisons. Il est facile d’étancher sa soif. Notre langue ne risque pas de nous coller au palais par manque d’eau. (Ps 136, 1) En terre de Palestine, ancienne terre de Canaan, l’eau est un problème majeur. Il le reste aujourd’hui en Israël et dans les territoires palestiniens. Au Nord, en Galilée, l’eau abonde ; au centre en Samarie, elle est plus problématique ; quant au sud, c’est le désert du Néguev où les Nabatéens, en leur temps, avaient inventé des systèmes ingénieux pour recueillir la rosée de la nuit.
Le patriarche Jacob a creusé ce puits de Samarie, sans doute un des premiers actes fondateurs d’entrée en Terre promise. Situé dans la ville actuelle de Naplouse ce puits est lieu de pèlerinage depuis des millénaires, depuis la fondation du peuple. Le puits de Jacob est le signe de la soif que Dieu a de s’attacher son peuple, comme l’époux à l’épouse. Signe aussi de la soif du peuple de vénérer son Dieu en reconnaissance pour tant de délivrances. Délivrance de l’esclavage des puissants d’Égypte ou de Canaan, délivrance de toutes les idolâtries et de toutes les fausses alliances.
Les samaritains sont les héritiers du Royaume du Nord, disparu en 721 avant Jésus Christ sous les coups de l’envahisseur assyrien. Les juifs de Samarie, mêlés alors à une population païenne, en arrivèrent à du syncrétisme religieux, teinté d’une forme de traditionalisme. Cela engendra une inimitié avec leurs frères du sud, le royaume de Juda, les juifs de Jérusalem.
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Mt 15, 5
Sans doute, fait-il nuit. Les apôtres ont vécu une journée de prédication à suivre Jésus et à l’écouter. Ses miracles les bouleversent. Comme sa parole pleine d’autorité, semblable à celle d’aucun Rabbi en Israël. Ils ne saisissent pas tout de Jésus mais demeurent fascinés par sa personne. Contrairement à la coutume en Israël ce n’est pas eux qui ont choisi le maître, c’est le maître qui les a choisis. Tous ont entendu la parole impérative : « Viens, suis-moi. » Ils ont tout laissé de leur vie antérieure, la pêche, la collecte des impôts, leurs divers artisanats. Comme Abraham ils ont quitté père et père pour suivre cet homme Jésus vers un pays qu’il ne connaisse pas. Certes, en bons Israélites ils sont attachés à la terre de Palestine. Mais ils comprennent déjà que Jésus ne confond pas le royaume d’Israël, occupé par les Romains, avec le Royaume des cieux qu’il annonce. « Mon Royaume n’est pas de ce monde » dira Jésus à Pilate. (Jn 18, 36) Jésus est déroutant. Il est fidèle à la Torah mais il s’identifie avec audace à la Torah en se proclamant « le chemin, la vérité et la vie ». (Jn 14, 6) Jésus est fidèle au Temple, mais il se substitue au Temple en annonçant une reconstruction en trois jours, faisant allusion au temple de son corps. (Jn 2, 19) Jésus donne la vie en abondance aux malheureux jusqu’à pardonner les péchés. Ce qui était réservé exclusivement à la demande du grand prêtre au jour du Yom Kippour, jour du grand pardon.
« Si tu es Fils de Dieu… » Mt 4, 3
Pourquoi le Carême ? Pourquoi disposer d’une quarantaine de jours pour se préparer à célébrer Pâque ? Nous chantons que nous allons au désert, mais qu’en est-il vraiment ? Jeûner veut dire se priver de quelque chose de nécessaire à la vie. Prier veut dire se mettre à l’écart d’occupations vitales, rompre avec l’agenda habituel et prendre gratuitement du temps pour Dieu. Faire l’aumône c’est prendre de son nécessaire pour opérer le bien envers des personnes dans le besoin. Pourquoi cette mise à distance du nécessaire, du vital ? Et pourquoi durant quarante jours ?
Nous savons bien qu’il suffit de décider un effort de carême pour que la tentation survienne d’y contrevenir, de l’écorner ou tout simplement de l’abandonner. L’expérience montre que bien de nos décisions de carême ne sont que des pétards mouillés. Et que le verbe le plus employé en perspective du carême c’est le verbe : essayer. Je vais essayer. La défaite est déjà dans l’expression. L’aveu de faiblesse est confessé avant même que la faiblesse ne me fasse fléchir. Alors comment aborder notre carême pour en faire un vrai temps de renouveau ?
« Pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. » Mt 5, 18
Nous vivons dans un monde étrange. Nous sommes au pays de l’individu roi qui revendique de pouvoir faire ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut. Étrange pays, en contradiction avec lui-même, car si tout est permis à l’individu roi, rien ne lui est pardonnable. En d’autres termes la justice du pays peut être bafouée, soit elle est rendue sans miséricorde, soit elle est délaissée pour une justice d’intérêt particulier de l’individu roi. Ceux-là même qui réclament justice, pour respect de leur droit, sont parfois prêts à prôner leur justice propre au détriment de la justice commune. Les repères sont brouillés. Chacun cherche à s’en sortir en s’enfermant dans sa propre justice. Le résultat en est le déchaînement de la violence dont malheureusement l’actualité regorge. Car il n’y a de droit que s’il y a des devoirs. « La liberté c’est l’ordre. » disait Charles Péguy. Là où l’ordre ne règne plus la liberté est dévoyée. On a prôné qu’il était interdit d’interdire. Nous vivons dans un monde étrange. Nous sommes au pays de l’individu roi qui revendique de pouvoir faire ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut. Étrange pays, en contradiction avec lui-même, car si tout est permis à l’individu roi, rien ne lui est pardonnable. En d’autres termes la justice du pays peut être bafouée, soit elle est rendue sans miséricorde, soit elle est délaissée pour une justice d’intérêt particulier de l’individu roi. Ceux-là même qui réclament justice, pour respect de leur droit, sont parfois prêts à prôner leur justice propre au détriment de la justice commune. Les repères sont brouillés. Chacun cherche à s’en sortir en s’enfermant dans sa propre justice. Le résultat en est le déchaînement de la violence dont malheureusement l’actualité regorge. Car il n’y a de droit que s’il y a des devoirs. « La liberté c’est l’ordre. » disait Charles Péguy. Là où l’ordre ne règne plus la liberté est dévoyée. On a prôné qu’il était interdit d’interdire. Aujourd’hui tout est permis. La pensée dominante ne cesse aussi d’affirmer que tout est relatif, soutenant en même temps que ce principe est intangible, à savoir qu’il n’est pas relatif de dire que tout est relatif. Contradiction suprême et confusion sans nom.
[1] Jn 15, 9
« Vous êtes le sel de la terre… la lumière du monde. » Mt 5, 13-14
« Vous êtes le sel de la terre… vous êtes la lumière du monde. » Paroles fortes du Christ pour ses disciples que nous sommes. Si le Messie est venu sur terre en Jésus Christ et si nous sommes ce que nous devons être dans le Christ, la prophétie d’Isaïe devrait se voir réalisée. « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. » [1] Or le journal de chaque matin n’est que longue litanie des guerres et des souffrances des hommes.
Le sel c’est ce qui ne se voit pas dans un bon plat. La lumière c’est ce qui permet de marcher sans se perdre.
[1] Is 11, 6-8
« Il a rendu libres tous ceux qui … passaient leur vie dans une situation d’esclaves. » He 2, 15
Comment a-t-il fait ce noble vieillard Syméon pour reconnaître ce tout petit enfant parmi des centaines de pèlerins, foule bigarrée de l’esplanade du Temple ? Comment ose-t-il prononcer ces mots fulgurants sur un enfant qu’il ne connaît point, dont il ne sait même pas de quel village d’Israël il est né ? Mystère du cœur qui connaît au-delà de l’intelligence et de la seule raison. Mystère du cœur labouré d’épreuves et pétrie d’une longue attente dans la prière où sans cesse l’âme humaine cherche à se déposséder d’elle-même pour être possédée par Dieu. Seul celui qui prie se désapproprie de lui-même. Seul celui qui prie longuement et avec persévérance se libère peu à peu de ce moi orgueilleux et égoïste, qui nous tient tous d’une manière aussi subtile que tenace, plus que la plus forte des glues.
Seul le cœur pauvre en esprit, dégagé des passions humaines mal orientées, peut ouvrir ses yeux sur le monde invisible des cœurs purs, et voir Dieu, là où il est, dans les personnes et les événements.
« Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi. » 1 Cor 1, 27
La leçon est rude. Nous en avons peur sans nous l’avouer. Nous préférons le ronron de notre pratique religieuse et la sécurité de notre bien-être matériel. Nous parlons beaucoup, mais agissons-nous vraiment à hauteur de notre foi chrétienne ? Qui peut choisir la pauvreté, comme si, des pauvres sur la terre, il n’y en n’avait pas assez ? Les larmes, comme si les épreuves n’étaient pas lot commun pour tous ? La justice et la paix, dans un monde de business et de la loi du plus fort ? La pureté, dans un monde de la pornographie ? La persécution, dans un monde de liberté à outrance à vouloir faire ce que l’on veut, quand on veut, comme on veut ? Bref la douceur et la joie, alors que nous sommes dans un monde de rivalités violentes ? Jésus n’est pas sérieux. Il est fou, littéralement déjanté par rapport à notre monde. Pardon Jésus…
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Mt 12, 17
Jésus n’a pas encore commencé son ministère que la mort rôde déjà. Quarante jours durant au désert il a lutté avec les puissances des ténèbres, dont le livre de la Sagesse nous dit que : « la mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon et que ceux qui lui appartiennent en feront l’expérience. » [1] Son cousin, Jean le Baptiste, vient d’être arrêté par Hérode et sera bientôt décapité. Pourquoi, pour qui, en vue de quoi Jésus sort-il de son long silence après une trentaine d’années de vie cachée, vie humble, priante et laborieuse ? Jésus vient habiter ce monde merveilleux de la création et de la splendeur des vivants où malheureusement la mort semble avoir toujours le dernier mot après un cortège de souffrances. Le prophète Isaïe a dit de lui : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. » [2]
[1] Sag 2, 24
[2] Is 42, 2-3
« Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Is 49, 3
À l'heure d'une crise parlementaire majeure, un article de la Constitution de la république française fait beaucoup parler de lui. C'est le 49.3. Il n'est pas de mon rôle de faire ici de la politique. Permettez-moi seulement de vous parler d'un autre 49.3. Il s’agit du verset 3 du chapitre 49 du livre d’Isaïe, qui vient d’être lu. « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. »[1]Le peuple d'Israël peine à sortir de l'exil. Le prophète Isaïe lui rappelle sa vocation première d’être témoin pour toutes les nations. Des siècles plus tard, le prophète Jean le Baptiste prend le relais d’Isaïe. La parole du Baptiste s’adresse à tous, au-delà du peuple d’Israël, donc à chacun de nous chrétiens, appelés que nous sommes à être serviteur, collaborateur et témoin de la Vérité qu’est le Christ. « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur ». Pour sortir des nombreuses crises de nos vies, peut-être aurions-nous fort intérêt à nous pencher sur ce 49.3 biblique. « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. »
« Laisse faire… ainsi il convient d’accomplir toute justice. » Mt 3, 15
« Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. »[1] Réponse surprenante de Jésus à la protestation de son cousin. Jean le baptiste reconnaît celui qui vient sauver le monde du péché et de l’injustice. Le prophète ne peut pas baptiser celui qui sauve. Or c’est en se laissant baptiser que le Christ nous sauve. Quel mystère !
Au quotidien de nos vies nous réclamons la justice. Mais qu’est-ce que la justice ? Que dit Dieu de la justice ? Nous voudrions tellement une justice parfaite. Dieu seul est le chemin pour enseigner cette justice. Sur ce chemin nous sommes déroutés, surpris, désappointés, jusqu’à connaître parfois la colère de Job. Contemplons Jésus venir au Jourdain. Voyons Jean le baptiser comme un simple homme pécheur.
[1] Mt 3, 15
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Mt 2, 1
Ce sont des mages, on en a fait des rois. Ce sont des hommes de l’Orient, religieux philosophes de Babylonie ou de Perse, on en a fait des hommes aux couleurs des continents, leur donnant un nom : Melchior, Gaspard et Balthazar. On a repris une pratique festive païenne pour en faire un symbole de fête chrétienne, la galette des rois. Notre société de consommation se régale de galettes, mais qui aujourd’hui cherche le roi des Juifs pour être roi avec Lui, en Lui et par Lui ? L’Évangile dit bien que « des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem en disant : « Où est le roi des juifs qui vient de naître ? » [1]L’orgueil de notre raison occidentale ne lit plus dans les astres la destinée de l’homme et de l’histoire. La déesse raison a détrôné le premier livre de la révélation qu’est la création. Chasser le naturel il revient au galop. Beaucoup lisent ce matin leur horoscope dans le quotidien du jour. Et les diseuses de bonne aventure foisonnent en nos sociétés occidentales.
De tous temps, dans toute civilisation, les hommes cherchent le sens de la vie et de l’histoire. La grandeur et la beauté splendide de la création sont un livre ouvert de symboles dont le sens caché ne demande qu’à être contemplé pour livrer ses secrets.
[1] Mt 2, 1