« Le royaume des Cieux … comparable à un trésor caché dans un champ. » Mt 13, 44
Jésus se plaît à nous parler en parabole, d’un façon quelque peu énigmatique. Tout simplement parce que le langage de l’amour est ouverture sur le mystère. Le langage de l’amour n’est pas de l’ordre des preuves mais des signes qui mettent en route, qui indiquent la bonne direction. Le langage de l’amour est symbole qui unit et fait entrer en communion, non point langage de démonstration scientifique. Ainsi l’oraison de ce dimanche nous fait demander au Seigneur qu’en « faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. » La création et tous les biens de la terre ne sont que signes et symboles d’une réalité invisible des biens éternels qui ne passeront jamais.
Le but de notre vie est au ciel.
« Ta force est à l’origine de ta justice… » Sg 12, 13
« La patience de Dieu nous éprouve » enseigne le pape Benoît XVI dans une première homélie de son pontificat. D’aucuns ajouteraient que la patience de Dieu nous exaspère. Qui d’entre nous n’a pas un jour vitupérer contre le Seigneur face à une trop grande souffrance à supporter, une injustice notoire à assumer ou un innocent massacré. Sans traiter Dieu « d’espion de l’homme » comme le fit Job, nous lui avons demandé des comptes, à notre manière.
Nous rêvons de justice et d’un monde parfait, la plupart du temps selon des vues étroites, non exempts d’intérêts personnels ou de communauté.
« …à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. » Mt 13, 12
Le Seigneur Jésus ne manque jamais de nous dérouter pour nous faire réfléchir. Comment peut-on enlever à celui qui n’a déjà pas et donner encore à celui qui a ? Simplissime ! Tout l’enseignement nous parle de la semence qu’est la Parole de Dieu à recevoir sur la terre de nos vies. Le challenge est d’acquérir un cœur qui écoute, un cœur tout enseignable. Être la bonne terre qui reçoit le grain et produit un fruit de cent pour un. Si notre cœur reste superficiel, capable seulement de joie passagère sans profondeur, si notre cœur est inconstant, si nous sommes la personne d’un moment, si notre cœur est toujours rempli du charivari des occupations de ce monde, comment pourrait-il accueillir la parole de vie, la parole la plus essentielle qui a vocation de nous faire naître à nous-mêmes et de nous mettre en communion avec le Seigneur, et les uns avec les autres ?
« Prenez sur vous mon joug… » Mt 11, 29
Qui peut prétendre demander de se mettre sous son joug ? L’image est forte, sans ambigüité. Il s’agit d’être attelé côte à côte, comme des bœufs, pour tirer ensemble une lourde charge. Comment peut-on se mettre consciemment et volontairement sous le joug de qui que ce soit. L’image blesse notre farouche passion pour la liberté. Passion exacerbée à notre époque où liberté rime avec individualisme forcené, en exclusion ou au moins en mise à l’écart de tout autre intervenant. Jésus est souvent excessif, voire insupportable, dans les expressions de son enseignement. Du moins le percevons nous ainsi, en raison de nos idées mal dégrossies qui brillent à l’aune mensongère de la bienpensance dominante.
« Qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » Mt 10, 39
Les paroles de Jésus, sur la préférence absolue de l’amour pour lui sur tout lien familial, peuvent sembler scandaleuses. N’y a-t-il pas contradiction avec le commandement d’honorer père et mère ? Nous sommes en face d’un paradoxe, et non d’une contradiction. Un paradoxe est une contradiction apparente. Pour le comprendre il faut tenir les deux termes ensemble.
Père et mère, époux et épouse, fils et filles sont dons de Dieu. Il convient de les honorer, de les respecter et de les servir. Prétendre servir Dieu en méprisant ses dons, c’est une faute grave. Mais Jésus nous avertit que nous ne devons pas confondre les dons de Dieu avec Dieu lui-même. La loi et les prophètes se résument en ces deux commandements qui n’en font qu’un : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. Bien comprendre ces commandements c’est réaliser qu’aimer Dieu en priorité absolue c’est parce qu’il est la source de notre amour du prochain.
« L’amour de ta maison m’a perdu. » Ps 68 (69), 10
André Frossard demande un jour à son ami le pape Jean-Paul II la parole de l’Évangile qui l’habite le plus. Le Saint Père lui répond sans hésiter : « La vérité vous rendra libres. » (Jn 8, 32) Être vrai, connaître la vérité, dire la vérité est très difficile. Sous prétexte de la vérité, nous nous disputons souvent entre hommes. Or notre regard est partiel, notre connaissance sur cette terre est partielle. Jésus est « le Chemin, la Vérité et la Vie. » ( Jn 14, 6) Dieu seul est la vérité. Jésus ne dit jamais avoir la vérité. Il est la vérité. Il nous invite à cheminer avec Lui pour connaître la Vérité qu’il est. Or l’Amour seul est vérité. J’aurais beau avoir objectivement raison, sans l’amour, ma vérité peut être mortelle. « Cessez de vouloir avoir raison, dit un prédicateur, vous auriez tort d’avoir raison. »
« L’Esprit de Vérité, lui que le monde ne peut recevoir. » Jn 15, 17
Les apôtres sont désemparés à l’idée de voir leur Maître disparaître. L’enseignement de Jésus est si fort par son autorité qu’ils n’imaginent pas vivre sans Lui. Même lorsque il est déroutant, tous pensent comme Simon Pierre : « À qui irions-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6, 68) Chaque parole de Jésus rend les cœurs brûlants et illumine les intelligences.
Notre petit monde occidental est très expert en raison. Depuis des siècles il a développé une science débordante offrant la maîtrise de bien des réalités terrestres. Pensons aux avancées immenses de la médecine et de la technologie en de nombreux domaines. Malheureusement ce monde du progrès s’est terriblement appauvri en vie spirituelle. À des jeunes désireux d’être avec elle dans le monde miséreux de Calcutta, Mère Teresa indique le retour en Occident car la misère spirituelle de ce monde-là lui semble pire que la misère matérielle de l’Inde.
« Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne. » Jn 14, 27
8 mai 1945, fin d’un siècle de conflits, si l’on inclut la guerre de Crimée et la guerre franco-russe. Que n’a-t-on pas compris pour se déchirer à si grande échelle et de façon si meurtrière ? Du jamais vu dans l’histoire des civilisations ! Or, voici que la situation géopolitique actuelle ressemble à un frottement de plaques tectoniques, prélude probable à des tsunamis d’aussi grande ampleur. Que n’avons-nous toujours pas compris ?
La réponse est-elle dans les romans de John Tolquien, dont la fameuse saga du « Seigneur des anneaux ? » L’écrivain britannique a puisé dans les anciennes mythologies européennes. Il met en scène l’éternel et terrible combat entre les forces du mal et l’humanité. Sa plume décrit de façon redoutable la puissance du mal dans sa lutte contre la lumière. Le cœur de l’homme assoiffé de domination est une porte facile d’entrée à ce mal. En témoigne « Le triomphe de la volonté » le film emblématique de propagande d’Hitler, reprise intégrale de la philosophie nihiliste de Nietzsche.
« Que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. » Jn 14, 3
À la veille de la Pâque juive, les apôtres sont profondément troublés. La tension monte à Jérusalem au sujet de leur Maître. Les chefs des juifs lui en veulent à mort. De surcroît Jésus déconcerte absolument ses disciples tant il ne semble pas vouloir éviter cet affrontement qui risque de lui coûter la vie. Aussi Jésus les enseigne une dernière fois leur livrant l’âme de son âme. La peur saisit néanmoins les apôtres, car ils pressentent le drame de la disparition du visage du bien-aimé. Comment pouvoir vivre sans Lui ? Comment ne pas perdre cette présence si nourrissante ? Le trésor de cette vie si intense de trois années de ministère, faite de tant signes et de miracles débordants de vie, d’enseignement si lumineux, ce trésor n’aurait-il été donné pour rien ? Voyons notre propre expérience, désemparés que nous sommes devant la disparition prochaine d’un être très aimé. Fréquemment nous affirmons que la personne nous manquera à jamais, comme si la personne en question allait retourner au néant. Nous parlons du défunt comme d’une perte.
« Pour que les brebis aient la vie en abondance. » Jn 10, 10
« Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr ». Jésus nous avertit solennellement. Il nous faut être vigilants, ne pas nous illusionner sur notre vie chrétienne. Le propre de la foi juive et chrétienne, c’est de croire au Dieu de la vie. Depuis toujours le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob s’est révélé comme le donateur de la vie. Naissance impossible d’Isaac, le fils de la promesse, offerte à un couple stérile. Promesse d’une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel. Promesse d’une terre où coule le lait et le miel à une population réduite en esclavage. Promesse d’un festin surabondant aux émigrés en exil à Babylone. Le serviteur souffrant qui porte le poids des péchés de la multitude pour redonner la vie. Jésus, le donateur de vie, qui guérit, pardonne, ressuscite et chasse les démons. Notre Dieu n’est ni dans l’orage de la guerre, des conflits en tous genres, ou des mers mortes. Un proverbe juif exprime avec pertinence pourquoi la mer morte est morte. Parce qu’elle ne rend pas ce qu’elle reçoit. Certes, elle ne fait pas de vagues mais elle ne nourrit personne avec les dons reçus.
« Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. » Lc, 24 16
Comment les yeux des disciples étaient-ils empêchés de reconnaître Jésus ? Ils ont vécu trois années avec lui, témoins privilégiés de ses merveilles : guérisons, résurrections et libérations de tant de pauvres. Jésus ne vient pas à eux comme un fantôme. Thomas demande justement à toucher les plaies pour ne pas être illusionné. Les évangélistes soulignent qu’à chaque rencontre de Jésus ressuscité les apôtres ne le reconnaissent pas. Marie-Madeleine ne le prend-t-elle pas pour le jardinier ? On peut donc voir le Christ ressuscité et ne pas le reconnaître. Et nous qui pensons que si nous pouvions voir Jésus, ce serait plus facile de croire. « Heureux celui qui croit sans avoir vu » nous dit Jésus. (Jn 20, 29)
« La paix soit avec vous … Il leur montra ses mains et son côté » Jn 20, 19
Les apôtres et disciples craignent de subir le même sort que le Maître. Ils ont verrouillé les portes du lieu où ils se sont retrouvés. Leurs cœurs sont plus encore verrouillés par la peur et la honte. Ils ont lâché le Maître, renié, et pour l’un d’entre eux, trahi. Le suicide est un acte qui pèse lourd sur l’entourage des survivants. Climat d’angoisse et de tristesse, de remords et de larmes, dont ils ne savent comment sortir. Ils ont beau se réconforter mutuellement, rien n’y fait. L’adversaire n’a pas réussi à enfermer Jésus dans les enfers. Il travaille sans aucun doute à enfermer le premier collège des apôtres dans la culpabilité et la honte, histoire d’en finir avec Jésus et son héritage.
À plusieurs reprises les évangélistes nous affirment que les apôtres n’ont pas compris que le Christ devait ressusciter.
« Ne craignez point. Allez annoncer à mes frères… » Mt 28, 10
Le choc est très grand. Trop, sans doute. Les femmes vont au tombeau pour terminer la toilette funéraire de leur maître. Au lieu de pouvoir le servir une dernière fois en sa dépouille mortelle, elle trouve un tombeau ouvert et vide. Un ange les accueille et leur dit de ne point craindre. Jésus n’est pas ici. Elles doivent aller annoncer à ses disciples qu’il est ressuscité et qu’il les attend en Galilée. Pleines d’émotion et de joie elles s’en vont lorsque soudain elles sont rejointes par Jésus lui-même. À son tour il leur dit de ne pas craindre et renouvelle leur mission à l’intention des disciples.
« Ils ne savaient pas encore qu’Il devait ressusciter. » Jn 20, 9
Que se passe-t-il en ce lendemain tragique de sabbat ? Les disciples du Nazaréen ont tous fui. Ils sont claquemurés dans la peur d’être pourchassés et massacrés. Marie-Madeleine court au tombeau, avec quelques autres femmes, nous disent les évangélistes, mais pour aller voir un cadavre. Preuve en est qu’elles apportent des aromates, simplement pour terminer la toilette funéraire du défunt. Celle-ci a été à peine commencée, car on était au début du sabbat quand on a enseveli Jésus en hâte. La détresse de ces femmes est si grande qu’elles en oublient d’avertir quelques costauds pour leur rouler la pierre. Auraient-elles pu les trouver d’ailleurs, terrés qu’ils sont dans une panique intérieure et une crainte de représailles. Tout ce petit monde de Jésus ne communie donc en rien aux paroles du Maître sur la résurrection. Non pas qu’ils ne croient pas à la résurrection des morts à la fin des temps, mais ils n’ont pas compris les signes de résurrection faits par Jésus et l’annonce de sa résurrection, laquelle devrait avoir lieu après avoir souffert terriblement. « Ils ne savaient pas que d’après les écritures il devait ressusciter » nous dit saint Jean (20, 9).
« Il n’est pas ici. Il est ressuscité… » Mt 28, 5-6
Le maître est mort de la mort la plus ignominieuse qui soit, la crucifixion. La Loi dit en effet au livre du Deutéronome : « Maudit quiconque pend au gibet. » (Ga 3, 13) Jamais on n’avait vu tant de merveilles en Juda et Galilée. Jamais on n’avait entendu pareil enseignement avec autorité. Le boiteux marche, le sourd entend, le muet parle, les morts ressuscitent et les démons sont chassés. Pourquoi ? Pourquoi donc cette condamnation injuste du plus beau des enfants des hommes ? Sur le lieu du supplice, Jésus crucifié, qui n’a plus visage humain, laisse paraître encore la bonté de son cœur. Sa façon de mourir en priant pour ses bourreaux convertit le larron et le chef romain de l’exécution. Pourquoi l’avoir crucifié ?
« Inclinant la tête, il remit l’Esprit. » Jn 19, 30
De quoi Jésus est-il mort ? De la crucifixion, me direz-vous. Qu’en est-il vraiment, puisque Jésus affirme sans ambages que « sa vie nul ne la prend, c’est lui qui la donne. » ( Jn 10, 8) La liturgie proclame que « la mort est morte sur la croix », soit que l’amour a vaincu l’enfer. Or les faits de la passion manifestent que l’horrible supplice de la crucifixion a eu raison de la vie de Jésus, l’enfermant bel et bien au tombeau. Si la mort par crucifixion a eu raison de Jésus, nous ne sommes pas sauvés. Si l’amour a vaincu la mort de la crucifixion, nous pouvons recevoir l’Esprit du Fils bien-aimé du Père et ressusciter avec Lui. Qu’est-ce donc qui se joue en ce duel cruel de Jésus et de la mort infligée ?
« Jésus pleura. » Jn 11, 35
Disciples et amis ont foi en lui. Son enseignement fait autorité et large consensus. Miracles et prodiges accomplis par le Maître sont nombreux : la petite fille du chef de synagogue et le fils de la veuve sont ressuscités, la femme atteinte d’un flux de sang est guérie, les boiteux marchent, les aveugles voient, les possédés sont libérés. Autant de signes qui manifestent que Jésus est le Messie selon la parole du prophète. « L’Esprit du Seigneur est sur moi pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres… » (Is 61, 1-2) Pourtant ils ne sont guère prêts à aller jusqu’au terme de leur foi en Jésus ?
Lazare, l’ami de Jésus, est gravement malade. Ses sœurs de Lazare le font dire à Jésus.
« Si vous étiez aveugles vous n’auriez pas de péché. » Jn 9, 41
Nous voici déjà à la mi-carême. Les ornements liturgiques sont d’une lumière qui atténue le violet de la pénitence. Nos frères et sœurs catéchumènes vivent les scrutins, laissant la lumière du Christ chasser les ténèbres de leur cœur. Que nous dit le Christ à travers son enseignement du jour pour progresser dans la conversion et la vigilance ? Une seule chose : il y a plus grave que d’être dans le péché, dans la maladie, dans le dysfonctionnement de vie, dans l’incohérence ou dans la disharmonie –ce que nous craignons souvent de voir et de confesser – ce qui est le plus grave c’est d’être aveugle et de l’ignorer.
« Donne-moi à boire. » Jn 4, 7
Nous ne savons plus ce que c’est que d’avoir soif. L’eau coule naturellement dans nos maisons. Il est facile d’étancher sa soif. Notre langue ne risque pas de nous coller au palais par manque d’eau. (Ps 136, 1) En terre de Palestine, ancienne terre de Canaan, l’eau est un problème majeur. Il le reste aujourd’hui en Israël et dans les territoires palestiniens. Au Nord, en Galilée, l’eau abonde ; au centre en Samarie, elle est plus problématique ; quant au sud, c’est le désert du Néguev où les Nabatéens, en leur temps, avaient inventé des systèmes ingénieux pour recueillir la rosée de la nuit.
Le patriarche Jacob a creusé ce puits de Samarie, sans doute un des premiers actes fondateurs d’entrée en Terre promise. Situé dans la ville actuelle de Naplouse ce puits est lieu de pèlerinage depuis des millénaires, depuis la fondation du peuple. Le puits de Jacob est le signe de la soif que Dieu a de s’attacher son peuple, comme l’époux à l’épouse. Signe aussi de la soif du peuple de vénérer son Dieu en reconnaissance pour tant de délivrances. Délivrance de l’esclavage des puissants d’Égypte ou de Canaan, délivrance de toutes les idolâtries et de toutes les fausses alliances.
Les samaritains sont les héritiers du Royaume du Nord, disparu en 721 avant Jésus Christ sous les coups de l’envahisseur assyrien. Les juifs de Samarie, mêlés alors à une population païenne, en arrivèrent à du syncrétisme religieux, teinté d’une forme de traditionalisme. Cela engendra une inimitié avec leurs frères du sud, le royaume de Juda, les juifs de Jérusalem.
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Mt 15, 5
Sans doute, fait-il nuit. Les apôtres ont vécu une journée de prédication à suivre Jésus et à l’écouter. Ses miracles les bouleversent. Comme sa parole pleine d’autorité, semblable à celle d’aucun Rabbi en Israël. Ils ne saisissent pas tout de Jésus mais demeurent fascinés par sa personne. Contrairement à la coutume en Israël ce n’est pas eux qui ont choisi le maître, c’est le maître qui les a choisis. Tous ont entendu la parole impérative : « Viens, suis-moi. » Ils ont tout laissé de leur vie antérieure, la pêche, la collecte des impôts, leurs divers artisanats. Comme Abraham ils ont quitté père et père pour suivre cet homme Jésus vers un pays qu’il ne connaisse pas. Certes, en bons Israélites ils sont attachés à la terre de Palestine. Mais ils comprennent déjà que Jésus ne confond pas le royaume d’Israël, occupé par les Romains, avec le Royaume des cieux qu’il annonce. « Mon Royaume n’est pas de ce monde » dira Jésus à Pilate. (Jn 18, 36) Jésus est déroutant. Il est fidèle à la Torah mais il s’identifie avec audace à la Torah en se proclamant « le chemin, la vérité et la vie ». (Jn 14, 6) Jésus est fidèle au Temple, mais il se substitue au Temple en annonçant une reconstruction en trois jours, faisant allusion au temple de son corps. (Jn 2, 19) Jésus donne la vie en abondance aux malheureux jusqu’à pardonner les péchés. Ce qui était réservé exclusivement à la demande du grand prêtre au jour du Yom Kippour, jour du grand pardon.