« Vous êtes le sel de la terre… la lumière du monde. » Mt 5, 13-14

Homélie pour le 5° dimanche du Temps de l’Église (A)

Frère Jean-Dominique Dubois, ofm 

« Vous êtes le sel de la terre… vous êtes la lumière du monde. » Paroles fortes du Christ pour ses disciples que nous sommes. Si le Messie est venu sur terre en Jésus Christ et si nous sommes ce que nous devons être dans le Christ, la prophétie d’Isaïe devrait se voir réalisée. « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. » [1] Or le journal de chaque matin n’est que longue litanie des guerres et des souffrances des hommes.

Le sel c’est ce qui ne se voit pas dans un bon plat. La lumière c’est ce qui permet de marcher sans se perdre. Les événements peuvent être contraires, il y a du sel dans le monde tant qu’un chrétien a la foi en vérité. Car il ne s’agit pas d’abord de pratiques religieuses. On peut aller à la messe tous les dimanches et ne jamais se convertir. La pratique religieuse exprime la foi, mais la foi est plus que la pratique religieuse. Le risque est toujours grand de l’hypocrisie, ressembler aux tombeaux blanchis à la chaux, magnifiques à l’extérieur et pleins d’ossements desséchés à l’intérieur. [2]

La foi est lumière. Il ne suffit donc pas d’être le sel de la terre par la foi. Le Christ ne donne pas la lumière de la foi pour qu’elle soit cachée. Le Christ n’a point parler dans des salons feutrés où il se dit des choses qu’on n’ose dire au grand jour. « Tout ce qui est caché sera connu » [3] nous dit-il par ailleurs. La foi est lumière, non pas discours. Celui qui a la foi est un être lumineux, apaisant, quand bien même il ne peut parler. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, cachée en son couvent, et vivant une agonie de la foi durant deux années avant de rendre son âme à Dieu, est aujourd’hui lumière pour des millions de personnes. « La plus grande sainte des temps modernes » a dit le Pape Pie X. Thérèse fut le sel de vie évangélique de sa communauté et la lumière des temps nouveaux.

Durant quinze années d’emprisonnement en des conditions innommables Monseigneur François Xavier Nguyên fut le sel de la terre de son Vietnam natal et lumière pour des millions de ses concitoyens persécutés. Ses geôliers les plus durs se convertissaient à sa présence. Ses chrétiens, dispersés et empêcher d’aller à la messe, gardaient l’espérance en recevant les mots de feu de ce chrétien évêque prisonnier, mots écrits à la dérobée dans le noir d’une cellule sur des feuilles de vieux journaux. Monseigneur Nguyen fut plus lumineux au fin fond de ses geôles que s’il avait été sur le plus beau siège épiscopal de sa cathédrale. Aujourd’hui encore des milliers de chrétiens se nourrissent de son enseignement crié depuis sa prison.

Vous êtes le sel de la terre. Pour être du sel il faut avoir de la saveur. Pour avoir la saveur de la foi un chrétien se nourrit de la Parole de Dieu, car la foi naît de l’écoute assidue de la Parole. Pour grandir dans la foi il faut beaucoup prier, car seul celui qui se désencombre de lui-même en persévérant dans la prière est suffisamment léger pour voler dans les profondeurs de Dieu, là où rien ne peut s’exprimer, mais là où le silence même de Dieu est Parole. La foi véritable fait marcher au milieu des épreuves. La foi c’est l’espérance en marche. La foi et l’espérance ouvrent le cœur à la détresse du prochain, non à celui que j’ai choisi, mais à celui vers qui le Christ m’envoie, sans rêver d’exploit missionnaire extraordinaire. « Au sein de l’Église, ma Mère, je serai l’amour. »s’exclame un jour Thérèse de l’Enfant Jésus au comble de sa joie, découvrant que cachée au sein des murs d’un couvent elle peut être missionnaire pour le monde entier et soutien de tous les missionnaires du monde.

Celui qui a la foi est une lumière pour tous ses proches. Un prêtre ouvrier, visitant un camarade d’atelier qui se mourrait d’un cancer, entend ce dernier lui dire : « Peux-tu me confesser ? Je crois en Dieu parce que je l’ai vu vivre en toi. » Alors que, accueillant ce curé à ses débuts dans l’atelier, le camarade communiste lui avait fait jurer de ne jamais lui parler de Dieu. Contrat tenu. Mais la foi du prêtre était lumière dans les gestes quotidiens d’un rude labeur. La foi du prêtre a vaincu l’athéisme de ce camarade ouvrier.

« Chrétien, deviens ce que tu es » disait saint Augustin. Sel de la terre et lumière du monde ! Tout homme a un cœur. Le pire des bourreaux a une âme. Le monde attend des chrétiens la saveur de l’Évangile et la lumière du Christ en acte plus qu’en parole à moins que les paroles et les actes ne disent la même chose, parce que pleins de saveur et de lumière, gorgés de foi et d’espérance.

[1] Is 11, 6-8

[2] Cf. Mt 3, 27

[3] Lc 12, 2

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