« Qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » Mt 10, 39
Homélie pour le 13° dimanche du Temps de l’Église
Frère Jean-Dominique Dubois, ofm
Les paroles de Jésus, concernant la préférence absolue de l’amour pour lui sur tout lien familial, peuvent sembler scandaleuses. N’y a-t-il pas contradiction avec le commandement d’honorer père et mère ? Nous sommes en face d’un paradoxe, et non d’une contradiction. Un paradoxe est une contradiction apparente. Pour le comprendre il faut tenir les deux termes ensemble.
Père et mère, époux et épouse, fils et filles sont dons de Dieu. Il convient de les honorer, de les respecter et de les servir. Prétendre servir Dieu en méprisant ses dons, c’est une faute grave. Mais Jésus nous avertit que nous ne devons pas confondre les dons de Dieu avec Dieu lui-même. La loi et les prophètes se résument en ces deux commandements qui n’en font qu’un : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. Bien comprendre ces commandements c’est réaliser qu’aimer Dieu en priorité absolue c’est parce qu’il est la source de notre amour du prochain.
Mère Teresa demanda à un jeune prêtre combien de temps il priait par jour. Celui-ci s’attendait à ce que la mère lui demande quel acte de charité il pratiquait par jour. Le prêtre répondit qu’il était fidèle à son bréviaire et à son chapelet outre la messe quotidienne. Mère Teresa répondit que c’était trop peu, puis elle ajouta : « Lis attentivement l’Évangile, et tu verras que Jésus, pour la prière, sacrifiait aussi la charité. Et sais-tu pourquoi ? Pour nous enseigner que, sans Dieu, nous sommes trop pauvres pour aider les pauvres ![1] » Saint Jean-Paul II, avec l’énorme charge qui était la sienne, c’était les trois huit : huit heures de prière, huit heures de travail et huit heures pour le reste.
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus aimait dire que quand elle aimait, c’est Jésus qui aimait en elle. Comment prétendre aimer en vérité père et mère, notre prochain, sans d’abord aimer Dieu de tout notre cœur ? Comment prétendre aimer Dieu en priant si peu ? Quel est notre programme d eprière au commun des mortels ? Quelques formules de prière dans la journée, peut-être ? Une pauvre petite heure de messe sur cent soixante-huit heures de la semaine, et encore pas tous les dimanches. Jésus passait souvent toute la nuit à prier avant d’aller annoncer le Royaume. Il a passé trente ans en silence avant de parler trois ans. Un ration de un pour dix. Avouons que nous sommes des indigents de la prière et de l’amour de Dieu. Nous venons bien demander à Dieu de nous bénir et de faire réussir nos entreprises en amour, en affaire sociale, voire de nous sortir de nos conflits, mais nous ne sommes pas prêts à tout griller pour Jésus, à perdre du temps gratuitement pour Dieu à la mesure de notre vocation de baptisé.
Si nos ainés n’avaient pas accepté de sacrifier leur vie pour notre patrie nous ne vivrions pas libres aujourd’hui, ou pas sous le même régime. Au fond, la vie a le prix de la mort. Vivre, c’est savoir mourir à soi. « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même. Tant qu’on n’a pas tout donner on n’a rien donné. Tant qu’on n’est pas mort on n’a pas tout donner. » Parole de la petite Thérèse. Puisque le Christ nous a tout donné, donnons-lui tout et prouvons le par le temps gratuit que nous prendrons pour lui. C’est le temps des vacances. Temps propice à prendre du temps pour Dieu et pas seulement pour se détendre en s’adonnant uniquement à quelques plaisirs ou jeux légitimes, si nécessaires soient-ils. Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’amour. Or la mesure de l’Amour, c’est l’amour sans mesure qu’est Dieu lui-même. « Qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 10, 39)
[1] Cité dans La force du silence. Robert Sarah, cardinal. Fayard. p 69