« Pour que les brebis aient la vie en abondance. » Jn 10, 10

Homélie pour le 4° dimanche de Pâques (A)

Frère Jean-Dominique Dubois, ofm

« Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr ». Jésus nous avertit solennellement. Il nous faut être vigilants, ne pas nous illusionner sur notre vie chrétienne. Le propre de la foi juive et chrétienne, c’est de croire au Dieu de la vie. Depuis toujours le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob s’est révélé comme le donateur de la vie. Naissance impossible d’Isaac, le fils de la promesse, offerte à un couple stérile. Promesse d’une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel. Promesse d’une terre où coule le lait et le miel à une population réduite en esclavage. Promesse d’un festin surabondant aux émigrés en exil à Babylone. Le serviteur souffrant qui porte le poids des péchés de la multitude pour redonner la vie. Jésus, le donateur de vie, qui guérit, pardonne, ressuscite et chasse les démons. Notre Dieu n’est ni dans l’orage de la guerre, des conflits en tous genres, ou des mers mortes. Un proverbe juif exprime avec pertinence pourquoi la mer morte est morte. Parce qu’elle ne rend pas ce qu’elle reçoit. Certes, elle ne fait pas de vagues mais elle ne nourrit personne avec les dons reçus. Toutes les conquêtes des empires finissent par échouer en des conflits dévastateurs. Tentation perpétuelle de construire des Tours de Babel, projets fallacieux de grandeur et d’unification des peuples en une seule langue. Jésus nous dit que « son royaume n’est pas de ce monde. » (Jn 18, 36) Son royaume est le fruit de l’amour qui donne à chaque être vivant de vivre, à chaque peuple de rayonner selon son génie. Les empires humains sont fréquemment fondés sur le vol et le meurtre, sans oublier le mensonge qui présente pour un bien ce qui est un mal. Le démon est singe de Dieu, dit saint Thomas d’Aquin, il sait se déguiser en ange de lumière. 

Le critère souverain pour discerner ce qui relève de l’Évangile ou non, est bien clair. « Je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. » (Jn 10, 9) Dieu, notre Dieu en Jésus Christ, est celui qui donne la vie à chacun, non pour être la photocopie d’un autre mais par originalité. Jésus nous fait vivre à plein dans ce que nous avons d’unique et de singulier pour servir selon notre vocation propre. Le chrétien authentique n’est pas un faiseur de guerre, mais un artisan de paix. Il ne craint pas les affrontements, mais ne se risque pas au vol et à la destruction du bien ou de la réputation de l’autre, fut-il son adversaire. Les fauteurs de chaos n’ont rien à voir avec l’Évangile. Lorsque la vie est donnée et qu’elle circule pour soulager et faire grandir, Jésus est présent. Lorsque la vie est détruite et les relations sacrifiées, le démon est à l’œuvre, lui dont Jésus nous dit qu’il est « homicide depuis les origines. » (Jn 8, 44)

Lorsque dans nos vies personnelles et communautaires la vie ne coule plus telle une source de surabondance, c’est signe que nous devons revenir à Jésus. Lui seul est la porte de la vie. La prière, la pénitence, le sacrifice de soi, la connaissances des Écritures et de la Tradition de l’Église sont les outils qui nous sont offerts pour comprendre Jésus, le connaître et en vivre. Les déserts spirituels de notre monde occidental, plus terribles que les déserts sociaux, ne refleuriront qu’à ce prix. Jésus est le bon pasteur qui connait ses brebis. Connaissons-nous Jésus comme il nous connait ? C’est la fécondité d’une vie qui donne la réponse, non les grandes déclarations d’autocongratulations. Faisons nôtre la première homélie du premier pape, l’apôtre Pierre : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. » (Ac 2, 36-38) Prenons conscience que le baptême n’est pas un point d’arrivée mais un point de départ pour devenir en plénitude ce que nous sommes par notre union au Christ. Le baptême n’est pas une assurance du paradis, il est la porte du chemin qui y mène. Franchir la porte sans faire le chemin est une erreur grave. Seul le baptisé qui donne la vie à l’exemple de Jésus est sur le chemin qui mène à la vie éternelle.

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« Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. » Lc, 24 16