« Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. » Mt 1, 20
Homélie pour le 4° dimanche de l’Avent (A)
Frère Jean-Dominique Dubois, ofm
Préparez les chemins du Seigneur nous dit le prophète Jean Baptiste. Noël ne sera pas Noël, si nous ne retrouvons pas un cœur d'enfant. Quel que soit l’âge, quelles que soient les épreuves de la vie, il y a au fond du cœur de l'homme, de tout homme, un cœur d'enfant qui sommeille, un cœur d'enfant qui ne demande qu’à naître ou à renaître. Parce que le propre de l'homme est de faire confiance. Nul ne grandit dans la vie, nul n'advient à lui-même, s'il ne fait pas confiance, s'il ne reçoit pas la confiance. Le drame de notre société contemporaine, le drame de l'humanité depuis les origines, c'est de ne plus faire confiance à Celui qui lui a donné la vie. Prends, dit le serpent dans la genèse, et fais toi Dieu par toi-même. [1]Cette parole a tué la confiance dans le cœur de l'homme vis-à-vis de Dieu. Le Créateur des mondes est devenu un gêneur pour l’autonomie de l’homme. Dieu est devenu un rival.
Noël, c’est Dieu qui nous fait confiance. Noël, c’est Dieu qui se remet entre nos mains comme un tout petit. Noël c’est Dieu qui nous invite à être confiant comme un enfant pour mener notre vie d’artiste, notre vie d’homme, tel un artiste qui façonne la plus belle œuvre qui soit, l’œuvre de Dieu que chacun de nous est, de façon totalement unique.
Le contraire de la confiance, c’est la peur. L’incroyance n’est pas le contraire de la foi, ce n’est que l’absence de foi. Lorsque nous avons peur, nous ne faisons plus confiance. Trahir la confiance d’un enfant, c’est un péché très grave. Car aucun enfant ne peut grandir sans la confiance de ses parents ou des adultes en général. La longue histoire d’Israël depuis Abraham est une école de confiance. Saint Paul dit être appelé par le Christ pour conduire les nations à « l’obéissance de la foi. » [2] Obéir, c’est écouter et s’engager. Obéir c’est fonder sa vie sur ce que l’on a entendu. Qu’a donc appris Israël en deux mille ans d’histoire ? Une seule chose : Dieu nous fait confiance et veut notre bonheur. Comparer toutes les civilisations et toutes les religions qui en sont l’âme, la foi d’Israël est la seule à proclamer que Dieu veut le bonheur de l’homme, et non comme le disent beaucoup, que les hommes sont faits pour le bonheur des dieux. Noël, c’est la joie de Dieu qui se fait homme.
Préparer les chemins de la confiance dans notre cœur, c’est regarder aujourd’hui le beau visage de Saint-Joseph. Ne faisons pas de lui un « vieux Sacristain fatigué » comme le reprochait Paul Claudel. C’est un beau jeune homme, promis en mariage à cette toute jeune fille qu’est Marie de Nazareth, si belle en son humanité. L’Évangile dit bien qu’ils sont fiancés, ce qui veut dire selon la tradition juive de l’époque que le contrat de mariage est définitivement engagé mais qu’ils ne mènent pas encore vie commune. La Vierge Marie est seule à connaître sa rencontre avec l’ange Gabriel. Elle est seule à porter le secret de sa maternité. Ne doutons pas qu’elle n’a rien dit à Joseph parce que dans la pureté de l’amour, ce qui est le plus grand et le plus beau en amour n’a pas de mots pour se dire, et surtout ne se raconte jamais, même à l’être le plus cher et le plus aimé. Ce qu’il y a de plus grand, et le plus beau en amour, ne se reçoit que dans un silence absolu. Viens donc le temps où Marie ne peut plus cacher sa grossesse. L’Évangile dit qu’elle est trouvée enceinte. Il y a un temps, où Joseph ne peut pas ne pas faire le constat. Or Joseph, nous dit l’Évangile, est un homme juste. Une telle qualité, être déclaré juste, c’est le sommet de la vertu d’un croyant en Israël. Être juste c’est voir juste. Se voir et regarder les personnes, entendre les paroles et comprendre les situations, selon le juste point de vue de Dieu, c’est être accordé à la justesse et à la justice de Dieu. C’est donc la perfection du regard de Dieu. Joseph n’a donc aucun doute sur sa fiancée, peut-être seulement une tempête de pensées en son esprit. Mais mille difficultés ne font pas un doute, disait le cardinal Newman. Joseph est certain que sa fiancée si belle, sa fiancée si pure, sa fiancée désormais mère, ne l’a pas trompé. L’enfant ne peut venir que de Dieu. C’est trop grand pour lui. C’est trop beau, il ne s’en trouve pas digne. Il veut se retirer sur la pointe des pieds pour « ne pas dévoiler son mystère. » [3] Cette expression dit bien que Joseph ne doute pas. Le ciel vient alors à l’aide de cet époux, plein d’admiration pour son épouse, mais plein de crainte. La crainte n’est pas la peur, c’est la délicatesse de l’amour qui ne veut pas blesser. L’ange Gabriel vient au-devant de cette crainte confirmant Joseph dans sa foi en lui disant : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie pour épouse car, certes, ce qui est engendré en elle vient de l’Esprit saint. ». Autant d’expressions qui attestent que Joseph n’a aucun doute sur son épouse. Joseph obéit dans la foi et dans le silence de la nuit d’épousailles les plus pures de toute l’humanité. Joseph consent au secret de son cœur à sa vocation d’époux et de père. Dans le silence de sa foi, il épouse au plus intime de lui-même le don de Dieu qu’est la Vierge Marie et reçoit l’Enfant Unique d’une Mère unique pour être ce père unique qui le donnera au monde.
Joseph nous montre ce que c’est que de préparer les chemins du Seigneur dans notre cœur. C’est croire que Dieu ne veut que notre bonheur et qu’Il nous fait une confiance infinie en se remettant comme le plus petit des enfants aux soins de notre paternité, ou de notre maternité. Préparer les chemins du Seigneur, c’est fuir la peur de Dieu. C’est croire que Dieu nous donnera tout pour être son père, son frère, son fils, son époux afin de l’enfanter au monde en proclamant par toute notre vie transfigurée d’un amour divin, que Dieu n’est qu’amour et que l’amour est Dieu.
[1] Gn 3, 4-6 « Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. »
[2] Rm 1, 5
[3] Mt 1, 19. Traduction proposée par Ignace de la Potterie, dans son livre « Marie, dans l’Alliance ». « Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. » La décision de non-dénonciation publique atteste ici que Joseph ne doute pas de son épouse et de l’origine de l’enfant.