« Vos pensées ne sont pas mes pensées. » Is 55, 6-9
Homélie pour le 25° dimanche du Temps de l’Église (A)
Frère Jean-Dominique Dubois, ofm
Dieu crie par ses prophètes sa soif de nous aimer et d’être aimé. Dieu nous supplie de le chercher. Un conte juif met en scène un vieillard et un enfant qui jouent à cache-cache. Voilà que le vieil homme cesse le jeu et se met à pleurer abondamment. « Pourquoi pleures-tu ? » lui demande l’enfant. « Je pleure comme Dieu pleure, répondit l’ancien. Dieu joue à cache-cache avec les hommes ses enfants et ceux-ci ne veulent pas le chercher. »
Dieu ne se joue pas des hommes. Il veut jouer avec les hommes la joie des noces si magnifiquement décrites dans le Cantique des Cantiques. La bien-aimée et le bien-aimé se cherchent mutuellement dans un ballet d’amour où ni l’un ni l’autre ne se possèdent pour s’aimer et se trouver dans un don réciproque qui n’est qu’Alliance de tendresse et de miséricorde.
Malheureusement, le péché des hommes est de vouloir tout maîtriser de leur vie, y compris en amour. Nous sommes des gens sérieux. Nous voulons tout comprendre et tout gérer selon nos vues et nos projets. Dieu peut bien faire encore partie de notre vie, mais à la manière du copilote de la voiture, jamais en pilote. À écouter comment Dieu embauche à sa vigne et paye l’ouvrier de la dernière heure au même tarif que l’ouvrier de la première, nous ne sommes pas prêts à laisser Dieu être ministre de notre économie. Il y a tant de choses dans nos vies d’homme que nous ne comprenons pas, voire qui nous blessent terriblement, au point que nous préférons vouloir tout penser et tout gérer selon nos propres vues. Dieu ne finit-il pas par n’avoir seulement qu’une place de décoration sur une étagère de la maison ? Il est là, mais au coin !... Notre première préoccupation n’est pas de le chercher. Tout au plus nous l’implorons comme un domestique appelé à nous servir au doigt et à l’œil. Où est l’amour ? Où est la confiance en la paternité d’amour de notre Dieu ? Où est la confiance que rien ne peut advenir sur terre et dans notre vie dont Dieu ne puisse tirer un plus grand bien ? Au lieu de prendre sérieusement nos responsabilités, nous nous prenons au sérieux. Nous commandons à Dieu plus que nous lui obéissons dans un esprit filial, animés de la foi que « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu ? (Rm 8, 28) » Les pensées de Dieu et ses chemins ne sont pas les nôtres (Is 55, 8). Ne nous mettons pas à la place de Dieu. C’est Lui qui mène l’histoire des hommes, quels que soient les méandres et les tragédies de cette histoire.
Que nous dit le prophète Isaïe à un moment de terrible détresse pour le peuple d’Israël en retour d’un de soixante-dix ans ? « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. (Is 55, 6-7) » En d’autres termes, selon le même prophète, Dieu est capable de reprendre les chemins tordus de notre orgueil, les trous béants de notre égoïsme et les hauteurs de nos suffisances pour nous faire miséricorde et nous ouvrir la voie droite d’une vie de bonheur dans l’Alliance avec lui. Preuve en est la vie de saints comme Charles de Foucault, jeune officier dépravé, devenu le frère universel des touaregs, ou encore Jacques Fesch, meurtrier d’enfant, devenu par la foi chrétienne, derrière les barreaux, l’homme le plus libre qui soit, au point de dire avant son exécution : « Dans cinq heures je verrai Jésus. »
Notre principal désir, le souci premier qui devrait être à la source de tout le reste, c’est de chercher Dieu en toutes choses et partout. Dieu et non pas, d’abord ou seulement, ses dons. Dieu et non pas la maîtrise absolue de nos vies. Dieu et son amour, non pas notre jouissance à courte vue. Le but de notre vie est au ciel, pas sur terre. Si tel est notre recherche de Dieu, tout le reste nous sera donné par surcroît pour y parvenir et gérer nos biens terrestres (Mt 6, 33).
Jésus nous réconforte par la parabole des ouvriers embauchés à sa vigne. Tout homme, quel que soit l’heure de sa vie, tout homme, quel que soit ses talents, est appelé à être en alliance avec Dieu pour travailler à la beauté de la création laquelle représente les prémisses du ciel. Notre société est vide de sens. Notre société occidentale se meurt en des idéologies perverses. Nos sociétés ne cessent de se faire la guerre ou de la préparer. Qui osera donner le vrai sens de la vie et ouvrira la route de l’Alliance avec le Christ pour bâtir un monde de justice et de paix dont l’accomplissement est au ciel ? La jeunesse se précipite sur le prochain rassemblement au stade de France pour rencontrer le pape Léon XIV. N’est-elle pas une jeunesse en quête de sens à qui on n’a rien transmis ou si peu ?
Enfin, Jésus nous promet que nous serons tous comblés quels que soient l’itinéraire par lequel nous aurons servi, quelle que soit l’heure à laquelle nous serons arrivés au service du Royaume. L’amour seul peut accomplir ce miracle. Pour reprendre une comparaison de la petite Thérèse, le verre le plus petit se trouvera rempli à ras bord sans pouvoir dire qu’il est moins plein que celui dont la contenance est plus grande. Il sera donné à chacun ce qui lui revient pour être dans la plénitude de l’amour de Dieu. Ainsi s’exprime saint Paul dans son épître aux éphésiens : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l'amour. Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu. Eph 3, 17-19) »