« Le royaume des Cieux … comparable à un trésor caché dans un champ. » Mt 13, 44

Homélie pour le 17° dimanche du Temps de l’Église

Frère Jean-Dominique Dubois, ofm

 

 Jésus se plaît à nous parler en parabole, d’un façon quelque peu énigmatique. Tout simplement parce que le langage de l’amour est ouverture sur le mystère. Le langage de l’amour n’est pas de l’ordre des preuves mais des signes qui mettent en route, qui indiquent la bonne direction. Le langage de l’amour est symbole qui unit et fait entrer en communion, non point langage de démonstration scientifique. Ainsi l’oraison de ce dimanche nous fait demander au Seigneur qu’en « faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. » La création et tous les biens de la terre ne sont que signes et symboles d’une réalité invisible des biens éternels qui ne passeront jamais.

Le but de notre vie est au ciel. Mais nous ne sommes guère pressés de nous y rendre à entendre nos réflexions quotidiennes sur nos âges de vie. « Oh, vous êtes encore jeune » dit-on à une personne de soixante-dix ans, comme s’il devait être que l’on vive tous jusqu’à cent ans. « Où courrez-vous ? » nous répétait sans cesse un camarade d’étude. Stupeur pour nous de devoir l’enterrer après une mort brutale. Ce camarade nous posait la bonne question. Chiara Badano Petrillo, jeune maman, mère de trois enfants, décède à l’âge de vingt-huit ans après que ces deux premiers bébés soient morts peu après leur naissance. La jeune maman laisse une lettre à son garçon qu’elle vient de mettre au monde lui disant : souviens-toi qu’importe le nombre de nos années, l’essentiel sur terre n’est pas de vivre de longtemps mais de nous laisser aimer par Dieu.

 Nous n’avons qu’aujourd’hui pour vivre. Le ciel est déjà sur la terre. L’eucharistie de chaque dimanche c’est le ciel qui vient sur la terre. L’eucharistie sera notre seule nourriture après la mort. Vivre sur cette terre c’est se préparer à ne vivre que de l’eucharistie au ciel, c’est laisser Jésus eucharistie habiter tout notre être pour le laisser transfigurer chaque geste, chaque moment, chaque engagement de notre vie. La vie sur terre n’est qu’un pèlerinage pour le ciel pour lequel nous n’emporterons que l’amour offert et reçu de Jésus.

Mais Jésus est-il le trésor caché dans le champ, la perle de grand prix pour lequel nous allons déterminé d’être du côté des justes et non des méchants ? Il m’arrive de penser à des personnes décédées qui n’ont pas manqué de faire souffrir par leur importance orgueilleuse et leurs prétentions outrancières. Et de me dire ? Que reste-t-il de tout leur combat acharné pour défendre leur visée étroite ou leur petit pouvoir ? Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’amour, disait saint Jean de la Croix. L’amour ne demande pas de compromis. L’amour ne se satisfait pas des arrangements et des calculs d’intérêts à horizon humain. L’amour est don de tout soi-même à Celui qui n’est que don. Cela faisait dire à saint François d’Assise à propos de l’eucharistie : « Ne gardez pour vous rien de vous afin que vous reçoive tout entier Celui qui se donne à vous tout entier. »

Venons-nous à l’eucharistie pour être consumé par Jésus ou simplement pour consommer Jésus ? Venons-nous pour recevoir des grâces ou pour être embrasé d’amour par le Christ afin d’être la lumière qui éclaire et réchauffe ? Le trésor est caché sous un peu de pain. Le trésor ne se dévoile qu’à celui qui est prêt à tout perdre pour lui. La perle de grand prix de notre vie n’a pas d’autre prix que notre vie tout entière offerte en sacrifice pour celui qui s’offre à nous tout entier. Avec Dieu c’est tout ou rien, comme l’écrit le cardinal Sarah. Parce que Dieu n’a pas créé le goulag de l’amour, l’enfer existe bien, lieu terrible des pleurs et des grincements de dents. L’enfer c’est le refus total que l’homme peut dire à Dieu et sur lequel Dieu n’a aucun pouvoir. S’il fut un temps où l’on a fait peur aux chrétiens avec l’enfer il serait bon aujourd’hui de prendre au sérieux l’Évangile qui ne craint pas de nous parler de l’enfer comme la preuve par le contraire de l’absolue grandeur de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Par sa liberté qui le met au rang des dieux l’homme peut consentir ou refuser Dieu. Le bienheureux François de Fatima voudra aller bien vite au ciel pour consoler Jésus des âmes qui se damnent. Ne faisons pas pleurer le Seigneur donnons-lui tout de notre vie, jour après jour jusqu’au grand jour de la rencontre éternelle. Jésus est le trésor et la perle de grand prix de toute notre vie, de notre éternité.

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« Ta force est à l’origine de ta justice… » Sg 12, 13