« La paix soit avec vous … Il leur montra ses mains et son côté » Jn 20, 19
Homélie pour le dimanche de la miséricorde, 2° de Pâques
Frère Jean-Dominique Dubois, ofm
Les apôtres et disciples craignent de subir le même sort que le Maître. Ils ont verrouillé les portes du lieu où ils se sont retrouvés. Leurs cœurs sont plus encore verrouillés par la peur et la honte. Ils ont lâché le Maître, renié, et pour l’un d’entre eux, trahi. Le suicide est un acte qui pèse lourd sur l’entourage des survivants. Climat d’angoisse et de tristesse, de remords et de larmes, dont ils ne savent comment sortir. Ils ont beau se réconforter mutuellement, rien n’y fait. L’adversaire n’a pas réussi à enfermer Jésus dans les enfers. Il travaille sans aucun doute à enfermer le premier collège des apôtres dans la culpabilité et la honte, histoire d’en finir avec Jésus et son héritage.
À plusieurs reprises les évangélistes nous affirment que les apôtres n’ont pas compris que le Christ devait ressusciter. Pétris par deux mille ans d’histoire de la foi en un Dieu qui n’est que miséricorde et fidélité à son peuple, les apôtres demeurent dans l’incompréhension. Les miracles et prodiges de Jésus habitent bien leur cœur. Malgré tout, les merveilles de leur Maître n’arrivent pas à les déverrouiller intérieurement. La puissance du mal et ses conséquences en nous sont comme un chiendent qui se faufile partout dans les interstices de l’âme. Elles nous ligotent dans la peur. La peur est le manque de foi, non le contraire de la foi. Les visites de Dieu ne commencent-elles pas toujours par ce : « n’ayez pas peur » ?
Voici que Jésus paraît au milieu d’eux. Transfiguré. Le même et tout autre. Le Christ n’a pas besoin d’une clé pour ouvrir la porte. Sa clé à Lui, ce sont ses mains et son côté. Il les leur montre, tout simplement après leur avoir donné la clé de la miséricorde : « La paix soit avec vous. » Les terribles blessures de la Passion endurée ne laissent plus passer que la paix de la miséricorde pour toute lâcheté et reniement. La paix est le prix du sang et de l’eau du corps de Jésus. La paix est don du corps livré du Christ. La paix du corps, de l’âme et de la divinité du Christ qui offre et s’offre en tout son être. Il est à la fois « le prêtre, l’autel et la victime ». Les péchés des hommes, leurs péchés d’apôtre sont engloutis dans ce sacrifice unique. Dieu nous aime à la folie. « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » (Jn 3, 16)
Le Christ a appelé ses apôtres sur les bords du lac de Tibériade en leur faisant confiance. Nul examen d’université ou de compétences. Les fondements de l’appel furent la confiance en chacun d’eux. Certes trois ans de ministère ont été nécessaires pour les initier au mystère du Maître et les former à leur future mission. Mais la base fut toujours la confiance, jusqu’à permettre leurs trahisons et reniements. S’il n’y a pas liberté de chuter, il n’y pas liberté de confiance réciproque.
Jésus ressuscité rejoint ses apôtres dans la même confiance des débuts en Galilée. La mort, le tombeau et les péchés qui nous enferment en soi-même ou dans des guerres sans fin, rien n’arrête Dieu de nous aimer. L’amour véritable est une plénitude de confiance. Dieu est amour, il n’est qu’amour. Il fait confiance à sa créature, son image et ressemblance, lui offrant tout de Lui-même. Dieu nous fait confiance et attend la nôtre en retour. « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » (Jn 6, 29)
Jésus a brisé les verrous de la peur, du manque de foi et de la mort entre tous. La mort qui nous sépare entre humains, c’est le fruit de la méfiance et de la course au pouvoir. L’amour fait confiance et ne cherche aucun pouvoir sur les autres. Jésus offre la paix, sa paix, non comme le monde la donne. La paix de Dieu, c’est la confiance du Père vis-à-vis du Fils, jusqu’à le perdre dans les péchés des hommes. La paix de Dieu, c’est la confiance du Fils vis-à-vis du Père jusqu’à descendre en enfer pour laisser le Père l’en ressusciter et remonter l’humanité avec Lui. La paix de Dieu, c’est la confiance de l’Esprit donné aux apôtres pour qu’ils se livrent à l’image du Fils et du Père. Le pardon des péchés et la guérison de toute forme de mal sont dans les plaies de Jésus qui n’accusent personne, mais qui offrent et qui s’offrent, en disant que c’est « pour la multitude » que ses plaies furent gravées dans le corps du Bien-aimé.
À notre monde oublieux de la confiance de Dieu pour tout homme, à notre Église si prompte aux querelles de doctes débats et d’oubli des enseignements du maître, Jésus répond une nouvelle fois en notre temps par une humble sœur de Pologne, sœur Maria Kowalska. Un simple tableau de son Cœur transpercé, des rayons blancs et rouges, symboles du sang et de l’eau versés, avec ses seuls mots : Seigneur Jésus, j’ai confiance en vous. La foi en Jésus est la clé qui déverrouille les portes de nos prisons. Et puisqu’Il nous fait une telle confiance, pourquoi ne lui en ferions pas la grâce ?