« Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Is 49, 3

Homélie pour le 2° dimanche du Temps de l’Église (A)

Frère Jean-Dominique Dubois, ofm

 

À l'heure d'une crise parlementaire majeure, un article de la Constitution de la république française fait beaucoup parler de lui. C'est le 49.3. Il n'est pas de mon rôle de faire ici de la politique. Permettez-moi seulement de vous parler d'un autre 49.3. Il s’agit du verset 3 du chapitre 49 du livre d’Isaïe, qui vient d’être lu. « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » [1] Le peuple d'Israël peine à sortir de l'exil. Le prophète Isaïe lui rappelle sa vocation première d’être témoin pour toutes les nations. Des siècles plus tard, le prophète Jean le Baptiste prend le relais d’Isaïe. La parole du Baptiste s’adresse à tous, au-delà du peuple d’Israël, donc à chacun de nous chrétiens, appelés que nous sommes à être serviteur, collaborateur et témoin de la Vérité qu’est le Christ. « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur ». Pour sortir des nombreuses crises de nos vies, peut-être aurions-nous fort intérêt à nous pencher sur ce 49.3 biblique. « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. »

Dieu est passionné de l'homme. À l'aube des temps Dieu est à la recherche de l'homme. Au jardin de la genèse Adam et Ève, honteux de leur désobéissance, se cachent de Dieu. C’est Dieu qui reprend l’initiative. Dieu ne peut abandonner l’homme à la nudité de sa honte. Du fond du jardin Dieu crie à l’homme : « Adam, où es-tu ? » [2] Nombre de nos contemporains se demandent où est Dieu. Qui soupçonne que c’est Dieu qui demande à l’homme où il est ? La peur de Dieu gît au fond du cœur de l'homme. Plus que nous le pensons, nous avons peur de Dieu. Dieu serait un empêcheur de tourner en rond. Servir Dieu conduirait à restreindre son bonheur. Or Dieu nous a créés pour nous combler de Lui, de son amour, de sa lumière de sa joie, de toutes ses bénédictions. Mais si Dieu nous a créés sans nous, Il ne peut pas nous sauver sans nous… Dieu est impuissant à sauver ce monde, si je ne lui donne pas mon cœur, si je ne le laisse pas me dire : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » 

Par notre baptême nous sommes faits prophètes, fils de prophètes, rois et fils de rois, prêtres et fils de prêtres. Nous sommes de la race d’Abraham. Nous sommes les membres du Corps du Christ. Alors, si nous sommes prophètes, qu'est-ce donc qu’être prophète ? Un prophète, c'est un témoin. Le témoin ne parle pas de lui, mais de celui qui l'envoie. Le témoin ne cherche pas sa gloire, mais la gloire de celui qui l'envoie. Le témoin ne met pas sa joie en lui, mais en celui qui l'envoie. Le témoin parle de plus grand que lui. « L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas. » [3]

Jean le Baptiste est le plus grand des prophètes, nous dit Jésus, et pourtant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que Jean le Baptiste. [4] Jean le Baptiste est le témoin par excellence. Personne ne lui a donné sa mission parmi les chefs du peuple d'Israël. Docteurs de la loi, pharisiens et chefs des prêtres sont tous étonnés, fortement questionnés par le ministère de Jean le Baptiste. De sa seule initiative il s’est retiré au désert, loin du Temple officiel. De sa seule initiative il parle de l’urgence de la conversion pour recevoir celui qui viendra bientôt au nom de Dieu. Tout le monde s’interroge sur son autorité. Jean Baptiste est libre parce que c'est un homme habité de Dieu. Son initiative personnelle est celle de Dieu dans sa vie. Le peuple le sait, c’est pourquoi ils viennent en foule l’écouter au désert. « Quand il y a une source, on trace des sentiers pour la rejoindre » dit un proverbe africain. Les chefs le savent aussi. Ils n’osent pas l’avouer de peur d’être dérangés dans leur confort religieux ou leurs prétendues visions religieuses. Un témoin, s’il est authentique, parle au cœur et faire sortir le meilleur de ses auditeurs, autant que les démons qui enchaînent les esprits et les cœurs. Un témoin se laisse inspirer par Dieu, non pas contre sa communauté mais en pure fidélité à l'âme même de celui qui a suscité cette communauté : le Dieu d’Abraham d’Isaac et Jacob. Fidélité à l’histoire de la foi des générations antérieures. Parce qu’il est fidèle, le témoin peut avoir une parole neuve car Dieu est toujours nouveau. Dieu est toujours jeune. Nulle parole de Dieu ne peut enfermer Dieu lui-même. La jeunesse et la nouveauté éternelles de Dieu feraient-elles peur ?

Jean le Baptiste va oser un geste que personne n’accomplit en Israël : baptiser. Les juifs connaissent les bains de purification. Le propre d'un bain de purification est que le bénéficiaire est l’acteur du geste de purification. Ici la purification est opérée par le témoin. Cela suppose, pour le témoin, la grâce d'être libre du jugement des autres, du « qu’en dira-t-on », voire des calomnies. « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Dieu n'est pas dans l'orage de débats houleux, ni dans les tempêtes de pensée. Dieu n'écrase pas la mèche qui fume encore. Dieu n'est pas dans une fidélité extérieure à la religion, mais dans une écoute humble et patiente du cœur. Quand l'apôtre Paul se présente à ses chers chrétiens, que dit-il de lui-même, sinon le choix de Dieu sur lui ? « Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre de Jésus Christ. » [5] C'est le Seigneur qui nous a choisis pour être chrétien ou pour être prêtre. Ce n’est pas nous qui l’avons choisi. [6]

Si nous voulons être sauvés, si nous voulons sortir de nos ornières il y le 49.3 prophétique à pratiquer en toute occasion. Se laisser choisir par Dieu pour être son témoin.  Pour cela il ne faut pas mettre d’abord un bulletin de vote dans une assemblée quelconque, il faut laisser Dieu être Dieu en notre vie, au plus intime de notre cœur et de notre esprit. Laisser Dieu seul déposer sa parole dans l'urne de notre cœur. Le laisser nous dire sa passion pour nous, la puissance de son amour pour chacun de nous et ce qu'il attend de chacun, de façon personnelle, libre et splendide. Si nous sommes témoins du Christ, à l’image de Jean le Baptiste, il n'y a pas à en douter. Nous verrons, dans les périodes les plus difficiles de notre vie, la splendeur de Dieu se manifester.

 

[1] Is 49, 3

[2] Gn 3, 9

[3] Jn 1, 30-31 et encore Jn 3, 27-28 : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. »

[4] Mt 11, 11

[5] 1 Cor 1, 1

[6] Jn 15, 16 : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. »

Précédent
Précédent

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Mt 12, 17

Suivant
Suivant

« Laisse faire… ainsi il convient d’accomplir toute justice. » Mt 3, 15