« Pour vous […] qui suis-je ? » Mt 16, 15

Homélie pour le 21° dimanche du Temps de l’Église

Frère Jean-Dominique Dubois, ofm

 

Jésus, un homme comme les autres. Au début de son ministère, rien ne distinguait Jésus d’un juif de son temps. Lorsque Jésus s’avance pour être baptisé personne parmi la foule ne le remarque. Un seul. Un seul parmi des milliers le désigne comme celui que l’on attendait en Israël. Jean-le baptiste affirme à ses disciples qu’il est celui qu’il faut suivre comme Messie, agneau de Dieu. Cela ne fait pas de Jésus une superstar que tout le monde va suivre dans l’immédiat. À Nazareth, malgré l’étonnement de son enseignement, on ne le reconnait que comme le fils de Joseph, le charpentier. Au fond une homme comme les autres, situé selon sa famille et son métier. Rien de plus.

Quelques-uns seulement deviennent disciples. Ils se laissent attirer par Jésus au point de tout perdre pour lui, famille et métier, situation sociale et gloire humaine. Pourtant Jésus les déroute souvent. Qui est-il vraiment ? Où les mène-t-il ? Est-il vraiment le Messie attendu, celui qui va délivrer du mal, et surtout de l’occupant romain ? Les enseignements de Jésus éclaire les esprits. Les miracles brisent les cœurs durs. « Personne n’a jamais parlé comme cet homme. (Jn 7, 46) » disent certains. Les foules autour de Jésus sont de plus en plus nombreuses à adhérer à sa personne et à son enseignement. Les chefs des prêtres s’inquiètent et les autorités romaines encore plus. Qui est cet homme à la parole aussi performative, dont les miracles sont si évidents autant que bouleversants ? On a beau être Jean-Baptiste, on a beau être Pierre, Jacques ou Jean, pour avoir reconnu par le cœur Jésus de Nazareth comme Messie, les questions demeurent ? Le baptiste du fond de sa prison interroge : est-il vraiment le Christ ou devons-nous en attendre un autre (Lc 7, 19) ? Les apôtres se querellent entre eux au point de chercher déjà les meilleures places au Royaume des cieux (Mt 20, 21).

Vient alors ce moment crucial où Jésus doit aborder le plus difficile de son enseignement : le salut par la croix, la vie chrétienne comme suite crucifiante de Jésus. On ne souffre pas, on ne meure pas pour un fantôme, pour une personne qui ne serait pas aimée à la folie et pour lequel la vie ne vaudrait pas sa propre vie. Jésus, en bon pédagogue, commence par demander qui il est pour les hommes de son entourage, pour ces foules qui le suivent. « Elie …, Jérémie …, Jean le baptiste …, l’un des prophètes… » autant de réponses qui classent Jésus parmi les hommes de Dieu, serviteur de la Loi juive, de la Torah, pour le peuple. Mais tous ces envoyés de Dieu n’ont jamais demandé qu’on les suive personnellement, sinon qu’on écoute la Torah pour la mettre en pratique.

Ensuite Jésus progresse dans sa catéchèse interrogeant les disciples pour une réponse personnelle. En quoi le Christ les concerne-t-ils vraiment ? « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. (Mt 16,16) » La réponse de Pierre lui vaut un compliment et une mission. Béni soit Dieu le Père qui l’a lui-même inspiré (Mt 16, 17). Cette confession de foi est la condition pour recevoir la mission de premier des apôtres (Mt 16, 18). Sur cette pierre Jésus va rassembler son peuple en Église, son Église, son corps en plénitude. Mais Pierre et les autres apôtres ont encore beaucoup à apprendre pour être de vrais disciples du Christ et avant de pouvoir accomplir leur mission. Apprendre la science de la croix. Jésus demande aux siens pour l’instant de se taire. Car proclamer Jésus le Christ sans vouloir vivre le mystère de la croix c’est une imposture. Pierre se fera traiter de Satan, quand il refusera l’enseignement clair de Jésus à cet effet (Mt 16, 23).

Qui est le Christ pour nous ? Un Maître sublime dont on pratique la religion pour satisfaire seulement notre besoin de religiosité, notre petit confort de transcendance, mais sans que notre cœur profond soit engagé sur la personne de Jésus. Est-ce que nous réalisons que communier au Christ, confesser le Christ, c’est s’engager à mourir pour lui au quotidien, engager Jésus dans tout ce qui tisse notre vie, dans chacun de nos gestes et de nos paroles. Mourir pour lui, cela veut dire le laisser transparaître à travers toute notre personne en toute circonstance, selon la parole d’un petit enfant disant du Christ : « Il m’efface. » Combien de fois dans la journée nous disons, d’une manière ou d’une autre : « moi, je … » Un chrétien ne devrait sans cesse dire que : « Toi, Jésus, tu... » Un conte chinois traduit fort bien cela. Le fiancé coure à travers le monde pour trouver sa fiancée. Arrivé au château il frappe à la porte. Il entend une voix lui demander : « Qui est-ce ? » Le fiancé répond : « C’est moi. » La porte ne s’ouvre pas. Le fiancé, pensant qu’il s’est trompé, refait le tour de la terre pour aboutir finalement à la même porte. « Qui est-ce ? » demande la fiancée. « C’est toi » répond le fiancé. Et la porte s’ouvre… Si nous n’avons pas pris la coutume sur terre de dire « c’est Toi » en parlant de Jésus et de nous comme chrétien, il y a fort à parier qu’à notre arrivée au ciel la porte ne s’ouvre pas, incapable que nous serons de dire « c’est Toi… »

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« Un signe grandiose apparut au ciel… » Ap 11, 19