« L’Esprit de Vérité, lui que le monde ne peut recevoir. » Jn 15, 17

Homélie pour le 6° dimanche de Pâques (A)

Frère Jean-Dominique Dubois, ofm

Les apôtres sont désemparés à l’idée de voir leur Maître disparaître. L’enseignement de Jésus est si fort par son autorité qu’ils n’imaginent pas vivre sans Lui. Même lorsque il est déroutant, tous pensent comme Simon Pierre : « À qui irions-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6, 68) Chaque parole de Jésus rend les cœurs brûlants et illumine les intelligences.

Notre petit monde occidental est très expert en raison. Depuis des siècles il a développé une science débordante offrant la maîtrise de bien des réalités terrestres. Pensons aux avancées immenses de la médecine et de la technologie en de nombreux domaines. Malheureusement ce monde du progrès s’est terriblement appauvri en vie spirituelle. À des jeunes désireux d’être avec elle dans le monde miséreux de Calcutta, Mère Teresa indique le retour en Occident car la misère spirituelle de ce monde-là lui semble pire que la misère matérielle de l’Inde.

Notre société s’est rendue aveugle et sourde à l’Esprit de Vérité dont nous parle Jésus. La clé est dans l’homme tel que Dieu l’a créé. Nous ne sommes pas que de raison et de sentiment. Nous jugeons de tout à travers raison ou mouvements de la sensibilité. Voyez comment devant tout événement heureux ou tragique nous raisonnons, racontons, expliquons ou bien nous en restons aux sentiments de l’événement. Toute chose bonne, mais totalement incomplète. « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît pas » disait Pascal. L’homme est un être spirituel. Au plus intime de lui-même, plus intime à lui-même que lui-même, il y a l’esprit de l’homme, esprit de la conscience, le sanctuaire intime auquel Dieu seul a accès. L’homme occidental contemporain est un handicapé de l’esprit. Ses découvertes scientifiques ne le comblent pas. Ses sentiments ne lui ouvrent pas guère un chemin de vérité et de vie, mais le livrent plutôt aux fluctuations du sensible, au grès des circonstances. Voilà pourquoi, atrophié, l’homme contemporain occidental est ignorant de l’essentiel.

Le tragique de notre situation est résumé dans l’élimination des enfants trisomiques dès avant leur naissance. Trisomiques quant à leur intellect, ces enfants ne sont pas, la plupart du temps, trisomiques du cœur. Nous les « bisomiques », comme ils nous appellent, nous sommes trop souvent des trisomiques du cœur. Où est le véritable handicap ? Il suffit d’avoir fréquenté un peu ces enfants ou ces jeunes pour découvrir qu’ils ont beaucoup à nous apprendre.

Comprenons Jésus qui nous dit que si nous ne redevenons pas comme des petits enfants nous n’entrerons pas dans son Royaume. (Mt 18, 3) L’enfant a la grâce d’être fondamentalement ouvert à l’œuvre de l’esprit. L’éducation qu’on lui offre l’aidera à développer toutes ses potentialités ou bien l’enfermera. Nos enfants sont le reflet de nous-mêmes. Notre foi chrétienne a pour maître un enfant, l’Enfant Jésus, de la crèche au crucifiement. Le Royaume des cieux a pour maître l’Enfant par excellence. Ce n’est pas nous qui le façonnons, c’est Lui qui nous façonne pour nous rendre enfants du Royaume. Voilà pourquoi le monde des grandes personnes que nous sommes, enfermés dans la raison et les sentiments, ne peuvent pas comprendre les paroles de Jésus. « D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi.   En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » (Jn 14, 19-21) À un petit enfant qui me demandait si j’avais déjà entendu Jésus parler dans mon cœur je retournai la question. « Et toi l’as-tu déjà entendu ? » Il me répondit spontanément : « Oui, mais pour cela il faut beaucoup de silence. »

 Le drame de notre société occidentale c’est la manque d’intériorité. Voyez comme le silence a disparu de nos églises. Voyez comme nous sommes envahis par le bavardage des médias et de la surinformation. Comment pouvons-nous connaître un autre esprit que l’esprit du monde, nous qui sommes si assoiffés du verbiage du monde et de nos continuels bavardages en tout genre. « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous :  l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. » (Jn 14, 15-17) Jésus ne nous laisse pas orphelins. C’est nous qui désertons la maison du Père par notre ignorance des Écritures et notre manque de prière persévérante. La Parole de vie et le silence nous font trop défaut.

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« Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne. » Jn 14, 27