Lettre aux sénateurs et députés
à propos de la Loi sur l’aide médicale à mourir
'... Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité.... Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.
(Serment d'Hippocrate)
Monsieur/ Madame,
Permettez-moi de vous partager mon effroi et ma consternation devant la loi qui s’apprête à être votée par les chambres des représentants de la République Française au sujet de l’aide active à mourir.
En tant que citoyen, attaché aux valeurs de la République qui a contribué à la promulgation des droits de l’homme, donc du droit à l’objection de conscience, du respect inconditionnel de la vie de la conception à la mort (exprimé par le bimillénaire serment d’Hippocrate) et de la liberté de croire ou de ne pas croire, ma conscience objecte de toutes ses forces à cette loi inique.
En tant que chrétien et prêtre de l’Église catholique ma conscience s’insurge naturellement dans la foi partagée parce que toute personne humaine reçoit la vie de Dieu et que Dieu seul en est le souverain maître. Une société qui remet en cause ce droit sacré à la vie sans conditions, intouchable par l’homme, et qui opère un tel changement du sens des mots pour arriver à ses fins, est une société qui devient totalitaire. Comment peut-on appeler fraternité et dignité un acte qui donne, ou l’on se donne, la mort ? Une civilisation et un état qui opèrent une telle inversion anthropologique ne peut que se détruire.
Tout soignant et tout accompagnant, digne de ce nom, sait que personne, sauf rare exception, ne demande à mourir s’il est accompagné selon toutes les dimensions de son être. Le sommet de la liberté, donc de la dignité humaine, n’est pas de faire ce que l’on veut de ce que l’on est et de l’héritage reçu, mais d’y consentir pour le faire fructifier et l’enrichir.
Vivre libre c’est consentir à mourir, non de se donner la mort. Ainsi en est-il de l’enfant qui meurt à la vie intra-utérine pour naître, du jeune qui meurt à sa vie familiale pour fonder son propre foyer, de tous les deuils qu’une vie nous impose pour grandir. Se donner la mort ou la demander par l’acte d’un proche est une atteinte à la dignité sacrée reçue pour vivre.
Il y a des portes dans la coque d’un navire qu’il ne faut jamais ouvrir au risque de voir toutes les autres exploser pour une catastrophe totale. Nous avons été largement trompés avec toutes les lois telles que l’avortement ou le mariage pour tous. Les sécurités des soi-disant exceptions sont toutes tombées avec le temps.
Ma riche expérience de plus de quarante ans de ministère ecclésiastique, comme celles de tant de confrères, est suffisamment marquée par une large écoute de la souffrance humaine pour pouvoir crier haut et fort que la vie la plus dégradée témoigne être toujours un don qui mérite, quand le tissu social qui la tient ne se délite pas. Pour seul exemple je ne pourrai jamais décrire la force et la vitalité reçues gratuitement auprès de personnes visitées, alors même que les forces me faisaient défaut en raison de journées chargées. Le malade en fin de vie et dans un état douloureux à qui je souhaitais rendre espoir me donnait, le plus souvent à son insu, plus que je lui apportais pour continuer de tenir dans mon ministère. Là est la vraie fraternité, quand chacun se reçoit en grâce dans la vie qui est sienne.
Puissiez-vous, Monsieur / Madame, vous opposer fermement à cette loi au profit de tout ce qui pourrait développer en notre pays les soins palliatifs et combler les déserts médicaux. Puissiez-vous pour le moins vous opposer totalement à tout ce qui pourrait atteindre à la liberté de conscience des personnes en fin de vie, à la liberté de dialogue des personnes qui les soutiennent, et à l’objection de conscience des soignants et des accompagnants.
Vous remerciant de m’avoir lu et de prêter attention à ma requête, veuillez agréer, Monsieur / Madame l’expression de mes sentiments respectueux.
Jean-Dominique Dubois